jeudi 24 Aoû 2017
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Evénements Charlie Hebdo

 

Etre mère et musulmane après le

 

7 janvier

 

 

 

Comment vivent-elles, ici, le choc des attentats parisiens? Que faire pour protéger leurs enfants des dérives islamistes? Parole à quatre Romandes musulmanes.

 

Photos Sedrik Nemeth - Textes Marie Mathyer et Patrick Baumann

 

 

Israh Beghriche, 34  ans, La Chaux-de-Fonds. Mère de trois garçons de 6 ans, 2 ans et de 4 mois.
«Depuis les attentats, je ne porte plus mon voile de la même manière. La peur de sortir, d’être regardée de travers, de me faire agresser verbalement comme mon amie de Pontarlier sur un parking de supermarché.» Israh Beghriche, 34 ans, jeune femme franco-irakienne qui habite La Chaux-de-Fonds depuis trois ans, ajuste ce voile qui cache ses cheveux et met en valeur ses beaux yeux. Un voile qu’elle a choisi de porter depuis son adolescence. Nous sommes dans la grande bibliothèque de l’Institut islamique. Au mur, une affiche rappelle que, dans le Coran, «les mères méritent une considération toute particulière». Cette maman de trois garçons de 6 et 2 ans et de 4 mois est la secrétaire générale de l’Association culturelle des femmes musulmanes de Suisse. Comment a-t-elle vécu les tragiques événements parisiens? Pense-t-elle qu’un remède au terrorisme passe par l’éducation donnée par les mères musulmanes à leurs enfants? «Le 7  janvier a été un choc. «Oh non, ce sont des musulmans qui ont fait ça!» me suis-je dit. Ça m’a fait mal pour les victimes, mais je me suis surtout dit que ces terroristes n’ont rien compris!»
Israh n’a pas raconté à son aîné ce qui s’était passé. «Il est encore trop petit, je veux le préserver, mais dès qu’il sera en âge de comprendre j’essaierai de faire en sorte qu’il ne tombe pas dans ce schéma de victime qu’ont parfois les musulmans. Nous ne sommes pas victimes mais responsables, lui dirai-je, et c’est vrai que j’ai une responsabilité au niveau de mon discours de mère. Il me semble qu’un enfant qui a reçu de l’amour est prémuni contre le terrorisme. Ce sont des paumés, des jeunes qui vont mal dans leur vie qui sont recrutés par ces rabatteurs dans certaines mosquées françaises. Un jeune épanoui ne peut faire ce genre de choses… Peut-être n’avons-nous pas su assez expliquer qui nous étions… Les médias portent aussi une part de responsabilité: quand ils parlent des musulmans, c’est toujours ou couscous ou terrorisme. Malheureusement, il y a tellement d’incompréhension… Beaucoup de jeunes des banlieues en situation d’exclusion sont au bord de la rupture. J’ai peur que nous ne soyons qu’au début de ce genre d’événements.»
Israh n’a pas repris à son compte le slogan planétaire Je suis Charlie. «Les caricatures du Prophète me blessent. Parfois j’arrive à les prendre avec une certaine distance, comme une BD; parfois je n’accepte pas qu’on me dise que je ne suis pas civilisée parce que je ne respecte pas la liberté d’expression! Je ne suis pas Charlie, mais cela ne fait pas de moi Coulibaly!» 

 


 

 

«J’aimerais que mes enfants s’engagent pour la société de demain»

Sandrine Ruiz, 50 ans, Lausanne. Mère de trois garçons de 10, 13 et 16 ans.

Chez Sandrine, le civisme semble presque autant une religion que l’islam auquel cette Genevoise d’adoption s’est convertie à l’âge de 28 ans, pour «donner un sens à sa vie». Cette mère de trois garçons de 10, 13 et 16 ans, bien éveillés, regarde avec intérêt ses enfants aborder leur adolescence, «le début des responsabilités de l’être humain». Elle apprécie qu’ils découvrent l’indépendance, même si cela implique qu’ils vivent désormais leur vie davantage dans les cours d’école ou sur les réseaux sociaux qu’à la maison. Elle espère qu’elle leur a donné les outils pour qu’ils puissent maîtriser ce monde plutôt que l’inverse. «J’ai surtout envie que les bases de notre éducation, le respect de l’autre, des différences, l’honnêteté leur permettent de s’engager. Il y a tant d’incompréhension entre les gens, tant de méconnaissances vis-à-vis des musulmans, par exemple; ce sera à eux d’être actifs pour créer la société de demain.»
Après l’attaque de Charlie Hebdo, ses garçons lui ont demandé pourquoi de telles choses pouvaient se produire. «L’islam que nous leur transmettons est si différent de ce qu’ils percevaient, j’ai dû leur dire que parfois les réponses ne sont pas toujours à chercher du côté de la religion. Ce terrorisme trouve bien plus ses origines dans des explications historiques, politiques, sociales…» Femme engagée, Sandrine insiste: «En France, dans certaines cités, le vide social est énorme. Ce n’est pas le cas ici, et c’est ce qui fait la différence.»
Pourtant, Sandrine reconnaît que ses fils se sentent malgré tout marginalisés. «Le problème pour eux, nés et élevés ici, c’est de se sentir Suisses mais considérés comme étrangers. C’est une source de désarroi.» Elle raconte que ses enfants sont discrets sur leur religion à l’extérieur du foyer. Si elle ignore les regards, les gens qui bougonnent à son passage, elle comprend que ses fils en souffrent. «Avec une actualité telle que celle-ci, les différences sont encore accentuées. Mais je ne veux pas que mes fils se laissent aller à ce ressenti. Ils ont le droit d’être en colère, tristes de récolter cette image négative que d’autres ont semée, mais ne doivent pas laisser le regard de l’autre définir qui ils sont.»
Sandrine pense qu’aujourd’hui ce sont aux décideurs politiques de chercher par-dessus tout à établir des liens entre les communautés. «Parce que nous ne sommes finalement pas si différents les uns des autres. J’élève mes enfants comme les autres, avec sûrement les mêmes valeurs et les mêmes espoirs». 

 


 

 

«Je leur dis que l’intolérance naît de l’ignorance»

 

Sabine Tiguemounine, 46 ans, Genève. Mère de trois filles de 18, 16 et 12 ans.
Le lendemain du massacre à Charlie Hebdo, Sabine Tiguemounine, mère de trois filles de 18, 16 et 12  ans, a été insultée à la poste de Meyrin (GE). «Assassin, terroriste, islamiste!» lui a crié une femme en colère. L’infirmière d’EMS convertie à l’islam après son mariage, il y a vingt-quatre ans, n’a pas bronché. «Depuis que je porte un voile, j’en assume les conséquences, les insultes, les regards haineux, les amalgames, j’ai l’habitude. Mais c’est vrai que là, c’était violent; j’ai dit à cette femme que je comprenais sa colère, que je la partageais. Puis nous avons discuté, nous nous sommes découvert des points communs. L’intolérance naît souvent de l’ignorance. On a fini par pleurer ensemble puis nous nous sommes embrassées.» Cette Franco-Suissesse de 46  ans, qui porte le voile depuis sa première grossesse ‒ «responsables de leur choix, mes filles seront libres de le porter ou non» ‒ a vécu les attentats comme une blessure profonde. «L’islam, c’est la paix, le respect de la vie, en aucun cas ça!»
Sabine et ses enfants ont beaucoup discuté après le 7 janvier. Mes filles se sentaient un peu coupables de ne pas clamer «Je suis Charlie», parce qu’elles pensent que la vie humaine n’a pas le même prix selon où l’on est né et que les musulmans sont trop souvent des boucs émissaires. Je ne suis pas non plus d’accord avec les caricatures du Prophète publiées par Charlie Hebdo. Même si j’aime l’humour et que je suis la première à me moquer de moi. Je suis pour la liberté d’expression, mais elle va pour moi avec le respect d’autrui. Si l’on blesse l’autre inutilement, quel intérêt?» Mais quand ses filles lui ont dit que les dessinateurs l’avaient peut-être bien cherché, Sabine s’est insurgée et leur a rappelé ce principe fondamental: «On n’a pas le droit de tuer un homme pour ses idées. Même le diable n’est pas insulté dans le Coran!»
Les mères musulmanes ont-elles un rôle à jouer pour empêcher que leurs enfants ne tombent aux mains des filières de recrutement de Daech ou d’al-Qaida? Sabine répond: «Oui, mais pas seulement elles. A la mosquée du Petit-Saconnex, mes filles peuvent se confier à des grandes sœurs, des monitrices qui jouent un rôle important. Mais c’est vrai que les germes de la tolérance, de la bonté, qui sont au cœur de la religion musulmane, doivent être inculqués dès le plus jeune âge.»
Et puis c’est beaucoup plus facile à ses yeux d’être musulman en Suisse qu’en France, «où il y a tant de haine. Ici, à Meyrin, tout le monde se connaît, un camarade d’école de ma cadette lui a dit: «Toi, t’es musulmane, mais tu ferais jamais une chose pareille!» 

 


 

 

«J’espère que nous cohabiterons en paix en Suisse»

 

Naima El Khatib, 45 ans, Bienne. Mère de trois garçons de 25, 20 et 14 ans.
«Mon fils est rentré de l’école en racontant que sa maîtresse avait dit: «Eh bien maintenant les musulmans vont rigoler.» Il n’a rien compris. Il s’est demandé pourquoi il aurait dû rire du fait que des gens meurent.» C’était au lendemain du drame en France, et Naima n’en revient toujours pas. Cette Tunisienne arrivée en Suisse à l’âge de 22 ans, enseignante pendant des années, a expliqué à ses enfants, trois garçons de 14, 20 et 25  ans, que «le mal est partout». «Depuis qu’ils sont petits, je les ai prévenus qu’ils seraient parfois bousculés, soupçonnés d’être mal éduqués. Mais ce racisme, on le retrouve partout, en Tunisie aussi. Il faut faire comprendre aux enfants que cela peut arriver, que le mal a plusieurs visages. Il peut être Suisse ou Tunisien, catholique ou musulman. Ce qui est arrivé en France, c’est inacceptable. Il n’y a rien, aucune excuse, qui puisse justifier de tuer quelqu’un.» Dans la famille, personne ne se sentait Charlie pour autant. «Mes enfants étaient choqués qu’on insulte le Prophète dans un journal. La provocation, l’injure, ce n’est pas de la sagesse. Pour eux, ce n’est pas cela, la liberté de la presse. Mais il faut se rappeler que, du temps du Prophète aussi, les gens se moquaient de lui. Dans quel monde vit-on si l’on cautionne qu’une insulte puisse justifier un meurtre?»
Naima parle de folie. De ce monde qui va si vite. Des médias qui font des amalgames, des écrans d’ordinateurs et des réseaux sociaux qui donnent l’impression à chacun d’avoir accès à ce qu’il prend pour du savoir. «Pour moi, l’islam est méconnu. Je le vois comme une religion humaniste qui porte sur des valeurs larges: le respect, l’engagement, les choix. Après, il y a la pratique, les traditions. Mais si l’on enlève ça, nous ne sommes pas si différents les uns des autres. Et surtout ni meilleurs ni pires.»
Pour lutter contre le clivage, elle prône le dialogue. Avec ses enfants aussi. «En vingt-deux ans en Suisse, j’ai beaucoup appris. Le multiculturalisme, quand ça se passe bien, pousse à changer, à évoluer. Je n’ai pas peur pour mes enfants. Ils ne pourraient pas être embrigadés dans des réseaux de recrutement. Ils sont Suisses et musulmans. Ils sont si loin de cette violence. Ici, dans les mosquées, si quelqu’un entendait un discours bizarre, qui fait peur, il ne se tairait pas.» Pour Naima, tout passe par l’éducation, le rôle du père et de la mère, la surveillance des fréquentations. «Mon mari est à l’aise partout. Quand on est équilibré soi-même, on transmet cela aussi à ses enfants. Je trouve que mes enfants ont de la chance. Une double culture, ce n’est pas toujours facile, mais c’est très beau. Inch’Allah, j’espère que la cohabitation continuera dans la paix en Suisse.» 

 

source: http://www.illustre.ch/illustre/article/etre-m%C3%A8re-et-musulmane-apr%C3%A8s-le-7%C2%A0janvie

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